49e session du Conseil des gouverneurs du FIDA

Opinions & Idées | 3 septembre 2026

Un an d’AgriConnect, les leçons de notre action en Afrique

Temps de lecture estimé: 6 minutes

Par Donal Brown, Anup Jagwani

Hero image

Ce blog a été publié à l’origine en anglais par la Banque mondiale.

L’Afrique est depuis longtemps considérée comme le prochain grenier à blé du monde. Elle dispose de vastes superficies de terres arables, d’une demande en forte croissance et d’un environnement entrepreneurial dynamique, susceptible d’offrir des emplois aux millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

Pourtant, le potentiel agricole de l’Afrique reste largement inexploité. Le continent importe de grandes quantités de nourriture, tandis que d’importantes lacunes, touchant à l’énergie et à l’irrigation en passant par les financements et les services numériques, entravent la productivité et l’investissement. Pour combler ces lacunes, 180 milliards d’USD d’investissements sont nécessaires ainsi qu’une action coordonnée à la fois sur les infrastructures, les politiques publiques et les capitaux privés.

C’est à ce défi que nous avons décidé de nous attaquer. Il y a un an, le Groupe de la Banque mondiale et le FIDA, aux côtés d’une coalition de partenaires du développement et du secteur privé, ont lancé AgriConnect avec un objectif ambitieux: que 300 millions d’exploitants familiaux et de petits producteurs et productrices agricoles dans le monde soient connectés avec les marchés, les financements et les services agricoles d’ici 2030.

Notre objectif est de renforcer l’ensemble de l’écosystème dans lequel évoluent les agriculteurs et agricultrices. Des exploitations plus productives et plus résilientes, associées à des marchés plus efficaces, peuvent avoir de larges retombées économiques: meilleur accès à l’énergie, développement des capacités de stockage et de transformation, renforcement des marchés du crédit et de l’assurance et, à terme, création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité.

Au bout d’un an, l’Afrique est aux avant-postes: cinq des dix premiers pactes nationaux AgriConnect ont été lancés sur le continent. Ensemble, le FIDA et le Groupe de la Banque mondiale ont déjà touché au moins 10 millions d’agriculteurs et agricultrices grâce à des investissements ciblés.

Ces premiers résultats sont encourageants. Toutefois, pour atteindre l’envergure requise, nous devrons travailler autrement. Cette première année a permis de dégager quatre enseignements qui devraient orienter la prochaine phase d’AgriConnect, ainsi que la réflexion plus générale sur la transformation de l’agriculture.

Premièrement, un véritable changement dans le secteur alimentaire exige de connecter entre eux les investissements à l’échelle de toute l’économie.

En Angola, par exemple, le nouveau pacte AgriConnect prévoit de mettre à profit une ligne ferroviaire de 1 300 kilomètres qui relie, en République démocratique du Congo et en Zambie, la ceinture de cuivre, région riche en minerais couvrant les deux pays, au port angolais de Lobito. Elle pourra ainsi mettre les agriculteurs et les coopératives en relation avec des infrastructures de stockage et de transformation, ainsi qu’avec les circuits du commerce international.

Ce corridor traverse quatre des principales provinces agricoles de l’Angola, en reliant ainsi les agriculteurs aux marchés, tout en réduisant les pertes après récolte et en renforçant la sécurité alimentaire car l’acheminement de produits tels que le maïs, le soja et le riz s’en trouverait facilité.

L’enseignement à en tirer est plus général: les grands investissements dans les infrastructures doivent être conçus dès le départ de manière à créer des débouchés pour les agriculteurs et les agroentreprises tout au long des corridors concernés, et non pas uniquement à faciliter le transport des produits de base.

Deuxièmement, nous devons réduire de façon ciblée les obstacles qui limitent l’accès des petits producteurs, des femmes et des jeunes entrepreneurs ruraux aux infrastructures, aux services, aux financements et aux marchés. C’est indispensable à une croissance économique rurale qui soit largement partagée.

C’est là que le partenariat entre le FIDA et le Groupe de la Banque mondiale peut avoir une valeur spécifique. Le FIDA dispose d’une longue expérience de collaboration avec les petits producteurs et productrices agricoles et de renforcement des institutions rurales inclusives au premier kilomètre des systèmes alimentaires. Le Groupe de la Banque mondiale apporte son expertise en matière de concertation sur les politiques, de financements publics et privés, d’infrastructures et d’appui aux investissements à grande échelle.

Dans le cadre de programmes pilotés par les gouvernements, ces compétences peuvent se compléter et se renforcer mutuellement, au lieu d’intervenir sous forme d’initiatives distinctes.

Dans les basses terres de l’Éthiopie, par exemple, nos deux institutions conjuguent leurs compétences depuis plusieurs années dans le cadre d’un même programme gouvernemental. Celui-ci a permis à 825 000 éleveurs pastoraux de bénéficier de formations et de services de conseil. Par ailleurs, 2,7 millions de personnes supplémentaires, membres de ces mêmes communautés, ont pu accéder à des marchés plus vastes et à des services sociaux.

Toutefois, pour réussir à l’échelle mondiale, nous devrons également faire appel à des compétences extérieures à nos institutions, qu’il s’agisse des connaissances scientifiques, de l’innovation du secteur privé, des nouvelles technologies ou des données. Nous élargissons donc notre réseau de partenaires afin de réunir les personnes, les idées et les ressources nécessaires.

Troisièmement, il est essentiel de mobiliser les prêteurs et les investisseurs privés, pour nous assurer que les banques, les compagnies d’assurance et les autres acteurs clés du financement agricole et rural – notamment les fournisseurs et les entreprises de transformation, entre autres acteurs des chaînes de valeur – contribuent à créer des débouchés pour les petits producteurs et productrices et les entrepreneurs et entrepreneuses des zones rurales.

Le Togo s’y attaque de front. Dans le cadre d’AgriConnect, le pays entend mobiliser plus de 100 millions d’USD de capitaux privés et porter la part de l’agriculture dans les prêts bancaires d’environ 1,2% à 5%.

Pour atteindre cet objectif, le pays investit dans les infrastructures publiques numériques et dans des instruments financiers visant à faciliter l’accès au financement agricole: registres numériques des agriculteurs, assurance, financement sur récépissé d’entrepôt, garanties de crédit ainsi qu’un nouveau fonds destiné à renforcer la confiance des banques.

Quatrièmement, les programmes doivent être conçus en vue de leur passage à grande échelle. Cela suppose de déterminer rapidement les approches qui donnent de bons résultats, de créer les conditions politiques, institutionnelles et commerciales d’une croissance des investissements, et de permettre aux pays d’adopter et d’adapter ces approches.

C’est pourquoi AgriConnect intervient dans six domaines susceptibles de reproduction à grande échelle: les technologies agricoles, les financements innovants, les coopératives agricoles, les infrastructures, la réforme des politiques, et enfin compétences, services de vulgarisation et recherche.

À mesure que de nouveaux pays et partenaires rejoindront l’initiative, nous pourrons apprendre plus rapidement et reproduire à plus grande échelle les approches qui ont fait leurs preuves.

La prochaine phase sera de passer d’une ambition commune à une mise en œuvre coordonnée. Pour y parvenir, nous devons réunir davantage de partenaires autour de la table: banques multilatérales de développement, institutions de recherche et de savoir, investisseurs et autres acteurs prêts à apporter leurs idées, leurs compétences et leurs capitaux pour relever ce défi.. 


AgriConnect est une initiative du Groupe de la Banque mondiale mise en œuvre en partenariat avec la Banque africaine de développement, le Fonds international de développement agricole, la Banque interaméricaine de développement, Google et Bayer.

Approfondir